Retour de Lucas Etourneau

Posted on 19 Nov 2019 in Actualités


Lucas, étudiant à Grenoble INP est parti faire un stage à l’ESP Dakar dans le domaine bio-médical.

Voici son retour d’expérience:

“Lucas Etourneau – Stage à l’École Supérieure Polytechnique de Dakar du 31 mai 2019 au 18 aout 2019

J’ai intégré à un laboratoire d’école où il n’y avait exclusivement que des enseignants-chercheurs et des doctorants de l’École Supérieure Polytechnique. J’ai donc pu faire connaissance avec des Sénégalais mais aussi d’autres nationalités. C’était une vraie chance de rencontrer tant de personnes. J’ai appris énormément sur la vie académique, sur le système de recherche et son impact sur le développement du pays. En entendant le parcours des étudiants, on en apprend encore plus sur la vie et la société sénégalaise. J’ai été vite intégré avec un groupe de jeunes doctorants qui m’ont accompagné durant le stage. J’ai dû apprendre quelques mots de wolof pour suivre les conversations, car cette langue prend aujourd’hui la place de langue nationale. Tous les Sénégalais la parlent entre eux, et tous les Sénégalais ne parlent pas français (ce qui n’est pas le cas dans l’enseignement supérieur). Il a donc fallu rapidement s’intégrer à une culture totalement différente, où l’on discute beaucoup plus facilement avec des étrangers, où l’on négocie tout ! J’ai dû apprendre à être encore plus ouvert avec les personnes, comprendre certains points de vue, même si on ne les partage pas forcément.

Du point de vue des connaissances techniques, ce stage a été pour moi une introduction aux réseaux de neurones. J’ai appris à utiliser la libraire Keras qui permet de réaliser des modèles à un niveau très haut. J’ai appris le fonctionnement d’un réseau neurones, quelques techniques d’amélioration de contraste comme l’algorithme CLAHE, ainsi que le fonctionnement d’une Machine à Vecteur de Support. J’ai découvert également des métriques pour tester nos résultats comme la courbe ROC. J’ai réalisé plusieurs installations pour pouvoir utiliser un GPU en local.

Mais au-delà des connaissances techniques, ce sont surtout des expériences humaines qui auront marqué ce stage. C’était pour moi la première fois que j’effectuais un séjour “long” à l’étranger. Je souhaitais faire ce stage dans un cadre radicalement différent ce que j’avais connu durant mon stage de prépa, et l’objectif a été atteint.

J’ai trouvé un logement en colocation près d’un quartier assez sûr de Dakar, le quartier de Mermoz, en face de l’école de police. J’ai trouvé ce logement en postant une annonce sur le groupe Facebook « Les Français à Dakar ». C’était une grande maison réaménagée en 3 appartements. Mon colocataire était un américain travaillant pour l’agence de développement allemande. La communauté d’expatriés est très grande à Dakar, et j’ai rencontré également beaucoup de jeunes qui comme moi effectuait des stages dans des structures variées : hôpitaux, ambassades, siège de l’ONU etc… Il y avait une très bonne ambiance avec mon colocataire et les autres habitants de la maison. Nous avons gardé de bons contacts.

Dakar est une ville africaine très encombrée où il existe de nombreux embouteillages tout au long de la journée. Le bus est le seul moyen de transport en commun disponible, qui est donc assez lent. Le taxi est également un autre moyen de transport (il y en a partout dans la ville), mais cela est 10 fois plus cher, et ce n’est donc pas viable sans un salaire minimum.

Pour se restaurer, il existe de nombreux petits restaurant avec des tarifs très bas, cependant l’hygiène n’est pas toujours de mise. L’estomac doit s’adapter à son environnement durant les 3 premières semaines… Mais en faisant attention, je n’ai jamais subi d’intoxication alimentaire.

Si l’on veut consommer des produits européens, il faut aller dans les grandes enseignes de Dakar (Carrefour ou Auchan), mais les prix sont très élevés. La nourriture “locales” se trouve dans tous les petits magasins de rue. On mange souvent du Tiebou Dieun, un plat à base de poisson, de riz, et de légumes divers parfois exotiques. C’est le plat national, et, bien cuisiné, c’est un vrai régal ! On trouve également de nombreux marchands de fruit dans la rue qui sont souvent importés.

Les horaires d’ouverture des boutiques sont comparables à la France. Cependant, il a beaucoup moins d’activité en début d’après-midi à cause de la prière et de la chaleur. Je suis allé à Dakar juste avant le début de la période humide, il faisait donc très chaud, mais cela restait bien supportable comparé aux températures caniculaires d’Europe au même moment. Dans le Sud du Sénégal, en Casamance, il pleut beaucoup plus à cette période et la végétation est luxuriante. J’ai eu la chance de visiter cette région à la fin de mon séjour, et je pense qu’elle est à voir absolument si l’on effectue un séjour au Sénégal.

Concernant la sécurité au Sénégal, je n’ai jamais eu aucun souci. Dakar est une ville assez sûre, et le risque majeur est de tomber dans un piège d’arnaqueur. Il faut savoir garder ses distances avec des personnes un peu trop avenantes, car parfois elles peuvent avoir de mauvaises intentions… Mais il faut également savoir accepter ces écarts et surtout rester courtois ! J’émets cependant quelques réserves car je ne suis resté que deux mois et je suis de sexe masculin, ce qui peut être plus facile à vivre dans cet d’environnement.

Le stage m’a également permis de découvrir un autre environnement et une autre culture du travail. Mon maître de stage a tout de suite accepté ma candidature à l’envoi de mon CV et ma lettre de motivation. J’ai du ensuite insister légèrement pour réussir à avoir un entretien par Skype avec lui, ce qui m’a un peu inquiété sur le coup. En fait, n’ayant pas beaucoup de connaissances sur le sujet de mon stage à ce moment-là, je pensais qu’il y avait quelque chose de concret derrière ce projet. En arrivant sur place je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas, et que j’étais totalement seul sur ce sujet, sans aucun matériel contrairement à ce qu’on m’avait laissé entendre. J’ai donc du me débrouiller seul, comme c’est le cas pour beaucoup de jeunes doctorants du laboratoire, selon moi. Je pense qu’il est très facile pour un étudiant européen d’obtenir un stage dans un laboratoire académique. L’École Supérieure Polytechnique de Dakar, qui est l’école d’ingénieur de référence dans le pays, possède d’ailleurs énormément de laboratoires. Cependant, si l’on travaille dans l’un de ces laboratoires on ne peut pas être rémunéré, ou du moins je n’ai pas réussi.

Je n’avais pas d’horaires imposés au travail, et je pouvais travailler chez moi sur mon ordinateur personnel. Mon encadrant appréciait cependant que je fasse des comptes-rendus réguliers. Au travail, il ne faut être surpris si la salle sert aussi de salle de prière, car au Sénégal il a 95% de musulmans pratiquants. Dans le milieu universitaire, les Sénégalais parlent wolof entre eux (la langue parlée nationale), sauf quand ils s’adressent à des étrangers (africains ou non), auquel cas ils parlent français.  Il y avait en effet beaucoup d’étudiants d’autres pays africains francophones à l’ESP : Maroc, Mali, Bénin, Côte d’Ivoire, Cameroun. Le français reste malgré tout la langue de travail, et toutes les présentations se font en français. J’ai dû présenter mon travail aux responsables du laboratoire à plusieurs reprises, qui comptaient sur ce travail pour avoir un premier projet en Machine Learning qu’ils pourraient transmettre à de futurs doctorants. Ces présentations étaient très intéressantes, et j’étais très heureux de partager mon travail avec tous les chercheurs du laboratoire. J’ai même pu participer à un cours de niveau Master 1 et apporter mes compétences à certains élèves sur le thème du Machine Learning.

Durant le stage, pour faire face à des contraintes matérielles, j’ai dû insister pour développer un partenariat avec un laboratoire international, L’Institut de Recherche pour le Développement, et utiliser le réseau de mon école à ces fins. Pour obtenir des résultats et faire avancer le projet, il faut savoir faire preuve de patience et ne pas avoir peur d’insister sur certains points. Grâce à ce partenariat, j’ai pu également découvrir le métier d’ingénieur de recherche dans un pays en voie de développement. Beaucoup d’européens travaillent dans ce laboratoire, qui sert également à la formation des doctorants du pays. Les travaux du laboratoire sont vraiment en lien avec les problématiques économiques et environnementales du pays, ce qui donne, à mon avis, un réel sens aux recherches menées. De plus, certains domaines de l’informatique comme le Machine Learning ou la Recherche Opérationnelle ont vraiment un rôle à jouer dans les enjeux environnementaux du pays, concernant la pollution, le trafic, le suivi de la population animale, ou la surpêche. D’ailleurs des entreprises françaises de services informatiques comme Atos sont installées à Dakar. Il n’y a aucune raison pour qu’un pays en voie de développement n’utilise pas les outils les plus modernes pour résoudre ses problèmes ! Cependant, avec le recul, je pense que j’aurais pu candidater également dans ce genre d’entreprise et me renseigner un peu plus sur toutes les opportunités disponibles.

Les relations au travail étaient bonnes, mais je n’ai pas eu le temps de créer avec mes collègues en dehors de la mission, le stage étant assez court. Pour anecdote, ils m’ont invité plusieurs fois à regarder les matchs du Sénégal durant la Coupe d’Afrique des Nations, et cela vaut le coup de voir toute la ferveur des Sénégalais ! J’ai cependant gardé contact avec quelques Sénégalais(es) qui m’ont accueilli plusieurs fois pendant mon séjour et qui m’ont fait découvrir leur pays. Ces personnes ont été très accueillantes et chaleureuses, et représentent pour moi parfaitement l’esprit de la « teranga » sénégalaise.

Désireux de poursuivre ma carrière en thèse, ce stage m’aura fait découvrir des opportunités que je n’aurais jamais soupçonnées, et grâce auxquelles j’ai de quoi m’inspirer. Il m’aura fait réaliser que nous avons une vraie responsabilité en tant qu’ingénieur à innover sur des sujets pouvant potentiellement servir à une population entière.  J’ai de plus découvert sur le terrain des nouveaux enjeux qui se posent à une population sénégalaise très jeune, et qui doit faire face à des changements climatiques qui vont s’accentuer dans les années à venir, combinés à une forte augmentation démographique. Cela va avoir un impact énorme sur les rendements agricoles, qui sont une des principales sources de revenu du pays. En tant qu’européens, nous sommes largement plus responsables du réchauffement climatique que les pays d’Afrique de l’ouest, pourtant les conséquences seront probablement beaucoup plus graves sur ce continent.”